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09 juillet 2019

Stéphane Rousson, ce « merveilleux fou volant dans ses drôles de machines » entre ciel et mer

"ENAC Alumni vous invite à découvrir ses cahiers d'été... le temps d'une petite pause, retrouvez les articles de nos précédents magazines"

Aéroceanaute – terme qui lui fut donné par le spationaute Jean-François Clervoy, Stéphane Rousson n’est pas un sportif et un pilote comme les autres. Si la formation ATPL mène souvent à FL350, Stéphane a lui mis à profit son savoir aéronautique pour créer des véhicules innovants et verts à la frontière entre ciel et mer – à la lisière de l’utopie.

 

Peux-tu expliquer les fondamentaux du fonctionnement et du pilotage du ballon dirigeable à propulsion musculaire ?

C’est une subtile combinaison entre le vol lourd et le vol léger… La partie musculaire est de la simple mécanique permettant d’optimiser le peu de puissance de nos jambes : 150 watts… hors dopage ! L’utilisation de plus grandes hélices rend possible pour avoir de meilleurs rendement et poussée. Un beau sujet de recherche, avec des passerelles possibles avec l’e-propulsion ou la propulsion vélique particulièrement intéressante à étudier et développer !

La partie ballon est plus complexe, car il s’agit d’un ballon dirigeable avec tout l’art du pilotage qui s’y applique ! Voir mon ouvrage co-écrit avec Simon Theuveny sur les ballons dirigeables de moins de 900 m3. Aussi il serait bon de rependre le manuel de vol du ballon dirigeable avec des universitaires afin de donner un sens à tous les projets ballon actuels dont il n’existe aucun manuel de référence, que ce soit sur le pilotage ou les grandes lignes de construction.

Mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’un ballon dirigeable fait du vol lourd. Et dans notre cas, je ne peux que voler lourd autour de 500 grammes… soit une très faible marge de manœuvre pour compenser les variations de portance du ballon.

Voir le calculateur de vol et de portance que nous avons mis en place avec le mathématicien Marcel Deleuze.

Il suffit de 2 degrés d’écart de température pour soit devenir trop lourd, soit trop léger. Ce qui complique beaucoup les choses….

C’est un vol où il faut anticiper constamment ce que l’on voit, et qui requiert de bonnes connaissances en météorologie visuelle afin de déceler ce qui pourrait vite devenir dangereux.

 

De 2003 à 2008, tu te passionnes pour ces machines volantes et prépare une traversée la Manche avec le ballon Zeppy. Peux-tu partager cette aventure avec nos lecteurs ?

Aventure par ailleurs racontée dans mon livre voyage A la lisière de l’Utopie co-écrit avec Laurence Latour.

Cette aventure est née de la volonté d’accomplir un exploit technique non réalisé. L’intérêt majeur de cette traversée est météorologique, car ce bras de mer entre deux côtes avec des vents changeants, brises sur chaque côtes est une des difficultés les plus complexe pour un vol basse altitude, lent et à faible puissance.

Mes difficultés principales furent le manque de moyens financiers pour pouvoir rester sereinement sur place à attendre le bon créneau météo, et surtout pour pouvoir former et déléguer une grosse partie du travail. La fatigue est malheureusement une grosse part de mon premier échec et en partie pour le second.

Deux tentatives personnelles ont été menées en 2008, et une nouvelle en 2016 pour une télévision avec un autre pilote. Et pourquoi pas retenter cette aventure ou créer un autre défi tout aussi complexe : Nice-Corse pour changer un peu !

Pour résumer, l’important est d’essayer pour comprendre. Je garde de cette aventure de merveilleux moment, de rencontres intéressantes, de casses pieds et d’emmerdes qui suivront par la suite.


Ce numéro de notre magazine présente des diplômés de l’ENAC qui ont choisi de se tourner vers une activité en lien avec le sport. Avec le Zeppy, tu as fait le mouvement inverse en replaçant le challenge physique dans le pilotage. Alors le ballon à propulsion musculaire, est-ce plutôt une aventure physique, ou une aventure aéronautique ?

Avant toute chose c’est une aventure aéronautique, car la faible puissance permet de déplacer 180 kilos dans les airs… avec 150 watts ! C’est plus un gros exercice de style que de muscles. Si 5 milliards de personnes peuvent pédaler, rares, très rares sont ceux qui ont pu voler en pédalant : Bien moins que d’astronautes !

Et pour cause, c’est une discipline très complexe (que ce soit les avions, ballons à pédales ou hélicoptères) mais terriblement intéressante pour l’esprit et la compréhension globale de l’aéronautique – de la mécanique du vol à la réglementation !

 

Avec l’Aérosail et le Seaglider, on obtient des véhicules aériens dont le guidage dépend d’un élément de navigation maritime. Comment ça marche ? Quels sont les intérêts de ce système ?

L’Aérosail est une innovation qui permet de piloter un ballon dirigeable comme un voilier. Il s’agit d’utiliser uniquement le vent comme moyen de propulsion, tout en restant à quelques dizaines de mètres au- dessus des flots. Ce principe de vol est unique au monde.

J’aurais hâte de voir ce projet se poursuivre, et pourquoi pas avec l’ENAC en transmettant la technologie. L’Aérosail est un ballon dirigeable relié à une dérive stabilisée sur trois axes (Seaglider) permettant au ballon de naviguer tel un voilier des airs.

Le Seaglider est l’équivalent de la « dérive » du voilier. Le câble reliant le Seaglider au ballon sert de mât, et le ballon de voile. C’est schématiquement un voilier avec une coque ultra performante et extrêmement légère permettant de naviguer à plus de deux ou trois fois la vitesse du vent.

Les dérivés de cette application se font déjà̀ connaître dans le monde du Kite Surf et de la voile.

Encore une autre configuration avec le Scubster… C’est un peu un avion convertible sous-marin ?

C’est même un ballon convertible en sous-marin… il y a de la poussée d’Archimède ! Et on est très proche du pilotage d’un avion VTOL. Notre avantage : pouvoir être maniable avec uniquement deux moteurs sans utilisations de dérive et gouvernes. L‘objectif était d’utiliser nos connaissances en poussée d’Archimède et de faible propulsion avec le ballon pour l’adapter au milieu sous-marin très similaire dans l’approche du pilotage et de l’équilibrage, nous avons reçu un superbe prix de l’innovation au Naval Warefare Center de Bethesda dans le Maryland (Etats-Unis).

Quel est le fil conducteur de tous ces projets ?

Le plaisir avant toute chose. Ensuite, l’envie de réussir un challenge technique dans lequel on pense qu’avec les connaissances acquises dans nos petites têtes, c’est faisable, et quand il manque certains savoir-faires, savoir où aller le chercher pour constituer la super équipe qui va réussir…  Seul je ne suis pas grand-chose. C’est un travail d’équipe. De grosse équipe.

Quelles sont tes sources d’innovation et d’inspiration ?

La bande dessinée, les inventeurs, la science, la technologie, la curiosité, l’envie de faire autrement et de montrer d’autres solutions

D’autres idées dans les cartons ?

Oui, trop nombreuses… Et pourquoi pas lancer quelques élèves sur ce chemin. Je serai ravi de lancer une nouvelle équipe Scubster pour aller chercher de nouveaux prix de l’innovation aux USA et en Europe lors des courses de sous-marins. Cette aventure a toute sa place dans le domaine spatial pour les entrainements en piscine, et comme seul participant français en 20 ans de course, j’ai hâte de transmettre des idées et ma motivation pour mettre en place une belle aventure universitaire dans ce domaine (plusieurs gagnants de la course ont fini astronautes… !).

En 2007, tu répondais présent à l’appel d’AirExpo en présentant le Zeppy dans un des hangars de la Base Aérienne de Francazal. Que retiens-tu de cette journée avec le public et cette initiative de nos étudiants ? 

J’en garde un chouette souvenir malheureusement la météo ne fut pas au RDV pour faire une démo en extérieur. Et de mémoire, quelques avions ont pu quand même voler ce jour. Organiser un tel événement est toujours complexe, et c’est important de croire toujours dans sa motivation pour réussir cela, d’être cohérent et convainquant pour faire venir le maximum de personnes, entreprises, etc.

Mot de la fin :

L’aéronautique est fascinante. Un seul bémol : trop polluante de nos jours…

Alors à quoi sert la propulsion musculaire : à comprendre les faibles puissances et maximiser les rendements.

Je souhaite que l’avenir se tourne au maximum vers l’aviation électrique et sortir du pétrole pour se déplacer dans les airs.

A vous de jouer…

Pour aller plus loin :

 

Retrouvez l'ensemble du dossier "Rencontre entre le sport d'excellence et l'aéronautique" dans le Mag#20 d'ENAC Alumni


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