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29 octobre 2020
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Interview de Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué aux Transports

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Quelles ont été les priorités du gouvernement pour faire face à la crise du Covid-19 ?

Jean-Baptiste Djebbari : Notre priorité absolue, c’est les Français et leur protection. Quand le trafic aérien s’est arrêté, beaucoup de nos compatriotes se sont retrouvés bloqués à l’étranger ou n’ont pu rentrer dans nos territoires d’outremer. Le ministère des Transports et tout le gouvernement se sont mobilisés, d’abord pour les rapatrier, puis pour organiser un pont aérien entre la France et la Chine afin d’acheminer des masques. Ce sont des opérations d’une envergure inédite en temps de paix. Pour les mener à bien, mon ministère a travaillé en étroite collaboration avec tous les ministères concernés et les compagnies aériennes françaises et étrangères.  Au total, nous avons rapatrié environ 250 000 de nos compatriotes et importé 100 millions de masques par semaine. La santé des Français : c’est ce qui l’emporte sur tout le reste.

Quels sont les grands enjeux du plan de soutien à l’aéronautique annoncé par le gouvernement début juin ?

Jean-Baptiste Djebbari : C’est un plan exceptionnel, pour faire face à une crise exceptionnelle. Les chiffres sont éloquents : pendant le confinement, 95 % des vols ont été annulés ; Air France n’assurait que 10 vols par jour (contre 1 000 habituellement) ; et 17 aéroports français ont dû fermer temporairement.  Le transport aérien et l’industrie aéronautique subissent cette crise de plein fouet et vont longtemps en subir les effets. Beaucoup d’entreprises jouent leur survie. Pour les sauver et sauver les emplois, l’État a fait front. Nous avons élaboré un plan de soutien de 15 milliards d’euros, en coordination avec le Gifas. Son ambition n’est pas seulement de redresser notre secteur aéronautique, mais d’accélérer sa transition écologique. Ce n’est pas seulement de gérer l’urgence, mais de permettre au secteur de tenir la distance. Ce n’est pas seulement de le sauver, mais aussi d’innover. Les objectifs sont clairs : faire voler l’avion vert zéro émission d’ici à 2035, et développer des filières de biocarburants en France avec l’incorporation de 2 % de carburant alternatif durable dès 2025.

Quelles sont les contreparties au soutien de l’État demandées aux acteurs de la filière ?

Jean-Baptiste Djebbari : Au moment de sauver nos entreprises, nous avons posé nos conditions. L’État a apporté son aide en échange de contreparties claires en faveur de la transition écologique. Notre soutien au groupe Air France, par exemple, s’est fait dans cet état d’esprit. Dès lors qu’un trajet peut se faire en train en moins de 2 h 30, les vols domestiques devront être arrêtés – tout en préservant les correspondances ultramarines et internationales. Le renouvellement de la flotte devra être accéléré. Et le réseau domestique devra être restructuré pour réduire de 50 % les émissions de CO2 des vols métropolitains au départ d’Orly et de région à région d’ici à fin 2024. Néanmoins, je n’aime pas le terme de « contreparties » : cela donne l’impression qu’elles auraient été subies. Or ce que nous avons élaboré ensemble, c’est une stratégie gagnante pour  Air France. Elle a vocation à rendre le groupe à la fois plus exemplaire sur le plan écologique et plus compétitif pour affronter la concurrence des compagnies low cost. La restructuration du réseau domestique permet d’arrêter des lignes déficitaires, et la modernisation de la flotte permettra de dépenser moins en carburant :  c’est bien la preuve que la transition écologique ne se fait pas au détriment de la compétitivité.

Malgré ces engagements, le soutien financier de l’État ne risque-t-il pas de renforcer les critiques contre l’aviation ? 

Jean-Baptiste Djebbari : Je ne le crois pas. D’abord, je pense que, ces derniers mois, tout le monde a pu constater à quel point l’avion est indispensable. Pendant la crise, qu’est-ce qui a permis de rapatrier nos concitoyens ? D’acheminer des masques et du matériel médical ? D’assurer une continuité territoriale avec l’outre-mer ?  De transporter des malades entre hôpitaux, des personnels soignants ? C’est l’avion ! Au-delà de la période que nous traversons, gardons à l’esprit qu’il est notre lien avec le monde, un moyen privilégié de le découvrir, de s’ouvrir à l’Autre ; que l’aéronautique, c’est 300 000 emplois, 67 000 recrutements sur les cinq dernières années, et notre premier secteur d’exportations.  Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien changer. Mais ce serait une erreur de tout arrêter. L’aviation, il faut plutôt la transformer. Cette transformation doit être totale, mais elle ne doit pas être brutale – c’est pour ça qu’on parle de « transition » écologique. Et c’est justement le sens du soutien financier de l’État : sauver l’aviation en la transformant ; en la rendant plus propre. Inventer l’avion à hydrogène zéro carbone, c’est la meilleure réponse à l’aviation-bashing.

Image J.B DJEBARRI : Les Etats de l'Air ENAC Alumni

Bandeau photo : Fabrizio_65



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